Début

J’ai été élevée par mes grands parents parce que maman a foutu le camp il y a très longtemps. J’ai pas eu une enfance misérable, loin de là, c’était même super, papy est un monsieur très cultivé, il m’a éduquée avec beaucoup d’exigence et m’a appris à m’intéresser à tout (sauf la musique, il déteste ça mais moi j’en écoute quand même). Mon grand père a beaucoup d’argent, j’ai grandi dans une très grande maison troglodyte avec une femme de ménage et un jardinier particulier. Il y a même des cascades et des fontaines illuminées la nuit, mais ça c’est pas parce que papy est riche, c’est parce qu’il yoyotte un peu de la touffe parfois, il est maniaco-dépressif. Quand il fait une crise maniaque il veut acheter la terre entière et ça fait hurler ma grand-mère qui, dans ces cas là, s’essouffle à essayer d’empêcher la baraque de couler sous les dettes. Quand il est calme, elle passe son temps à boire du whisky en fumant des gitanes bleues jusqu’à plus pouvoir bouger un sourcil. Si un orage maniaque arrive au dessus de nos têtes ça se passe toujours de la même façon, ma grand mère se lève le matin, elle jette tout son whisky dans la benne à ordure (pas les gitanes faut pas déconner non plus) et me dis mine de rien au petit déjeuner : « le Chat fait sa crise », puis elle se remet à vivre le temps que la cervelle de papy Jean Claude s’arrête de valdinguer dans tous les sens. Mais elle à beau faire, il y a toujours des bouts de jardin à la française, des caisses de grands millésimes et des Mercedes Benz qui passent entre les mailles de son filet.

La vie avec eux, j’aimais bien, c’était assez anarchique « sans foi ni lois » qu’ils disaient, il y avait toujours beaucoup de gens à la maison, ça faisait une population un peu folle, de grands journalistes, de gens du village qui venaient boire et manger, d’écrivains ratés comme celui qu’on appelait le « renard » parce qu’un jour il a bu trop d’absinthe et qu’il a vu un renard rose dans la cheminée du salon. Pas fin et très ivrogne dans le genre « j’écris des polars pourris à compte d’auteur », il a même écrit un roman dont je suis le personnage principal mais franchement, j’en suis pas très fière.

J’ai pas fait de crise d’adolescence, j’étais trop libre pour ça et mes grands parents, trop vieux pour se laisser emmerder. À l’école je fumais la ganja et buvais du Cointreau avec les copines en priant pour qu’on me foute la paix parce que j’avais de très bonnes notes. A la sortie des cours, on allait sur les BDV : les Bords De Vienne (ouais je sais c’est classe…) et on faisait un tas de conneries sous les saules pleureurs, on s’installait des heures sur des bateaux de marchandises abandonnés en se foutant de la gueule des garçons qui jouaient de la guitare avec une mèche devant les yeux. C’étai puéril et sympa.

2 Commentaires

  1. Je n’ai pu m’empêcher de sourire en lisant ce dernier paragraphe. Petits bonheurs partagés.

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  2. Je lirais la suite avec le même intérêt que j’ai lu le « début ».
    Merci pour le partage !
    Un illustre inconnu pas si inconnu.

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