Les névroses du quotidien (première partie)

Ça peut arriver à peu près n’importe quand.

Au début ça va, je sors de chez moi, c’est moche la ville mais bon, on s’habitue.
Je marche dans les rues de Paris.

Puis d’un seul coup je me rends compte que je fais toujours la même chose, tous les jours, j’emprunte toujours les mêmes trottoirs, tourne aux mêmes endroits, à la même heure…

Ça m’angoisse un peu.

il y a ce passage piéton de la rue Ordener, systématiquement je le prends de la même façon, posant bien chaque pied sur les bandes blanches, jamais sur le bleu noir de la route. Par précaution.

Je regarde l’autre passage piéton, celui qui est à vingt mètres, même que ça ne changerait rien à mon itinéraire si je passais par là parfois.

Je tortille un peu face à la route, j’ai envie d’aller le prendre, ça changerait un peu, la vie quotidienne en deviendrait moins mécanique.

Mais en même temps je me dis que si je romps avec cette habitude, quelque chose de mauvais pourrait m’arriver… ça pourrait m’attirer des ennuis, peut être que sur le nouveau passage piéton, mon destin serait totalement bouleversé, je me ferais renverser par une voiture, tomberais dans une flaque et me fracturerais le crâne, ou la colonne vertébrale, peut être même que j’attraperais le cancer du poumon, la cirrhose du foie, un AVC ! il n’y a même pas de pharmacie autour pour avoir une chance d’être sauvée, le temps que les pompiers arrivent ça sera trop tard…


Et au fait, si c’était l’inverse ? Je regarde le passage piéton jamais foulé en me demandant s’il est source de danger, ou si au contraire il est la clef de ma survie. Est-ce que ce ne serait pas mon passage piéton habituel qui est en train de me tuer à petit feu ? Et peut-être même qu’un jour il y aura un terroriste qui se fera exploser dessus, juste à côté de moi, ou une voiture piégée ? C’est quoi la superficie d’explosion d’une voiture piégée ?

Le feu passe au vert, les autres traversent et moi je reste sur le bord du trottoir. Je sais plus quoi faire pour m’en sortir, ça va très mal, je ne peux pas rester là, et me demande qui sera coupable de ma mort prochaine
Négocier avec soi même pour contrer la crise d’angoisse, créer des alternatives et des contrats avec le cerveau pétrifié, azimuté, irrationnel : « Bon ok, on va trouver une solution Soizic, on va dire que si tu attends que le feu passe trois fois au vert avant de traverser la route, tu ne tomberas pas gravement malade, tu ne te feras pas assassiner par un bolide ou pire, par une Smart, ce qui entrainerait une mort lente et douloureuse, n’étant que partiellement écrasée, personne ne te volera tes affaires… D’accord alors, marché conclu on attend trois feux verts ».

Je finis par traverser la rue. En marchant sur les bandes blanches bien comme il faut, par précaution, je me demande si j’ai vraiment bien compté les feux verts, est-ce que je n’aurais pas fait une erreur ?

J’arrive plus à savoir parce que j’ai été perturbée tout à l’heure par un pigeon qui draguait un autre pigeon avec beaucoup de lourdeur, et j’ai pas regardé le feu pendant quelques secondes. Si ça se trouve j’en ai attendu deux, ou quatre !
Effrayant.

© Carnets de Soizic - 2017

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