Argent par les fenêtres (névroses du quotidien deuxième partie)

 

Calme profond des appartements sous les toits quand la ville à l’air d’être loin. C’est très bien comme ça, encore mieux même quand on habite un meublé avec clic-clac pourave qui s’enfonce sous le corps comme un Fat-boy de luxe qu’on n’aura jamais.
Il est onze heures du soir et personne nulle part autour, enfin ce serait facile de le croire. Ma cigarette s’éteint toute seule, plus de batterie sur le téléphone, le ciel rend les murs noirs et jaunes.

Il y a un moment ou ça commence à piquer un peu aux environs de la cage thoracique, ça me gène, mauvaise posture, je me retourne.
Mais c’est toujours là, j’attends un peu en m’étirant, ça augmente, alors je me redresse. C’est rien.
Enfin quand même ça tire, c’est douloureux quand j’inspire. Je réfléchis un peu, à l’intérieur il y a quoi ? Le cœur et les poumons, non mais ça va passer, à mon âge il peut rien m’arriver quand même.
Cette douleur maintenant que j’y pense, elle envahit le côté gauche, c’est à gauche le cœur. Je réalise que je suis vraiment complètement seule ici, personne ne m’attend. Si il m’arrivait quelque chose, on ne s’en rendrait pas compte, c’est le voisin de palier qui sentirait une odeur étrange en rentrant de vacances dans deux semaines…
Mais bon je me connais, je sais que je dramatise toujours tout, c’est rien Soizic. Juste des petites douleurs mécaniques, c’est complexe le corps humain, tout le monde sait ça.

J’ai chaud, je transpire, ça me brûle de plus en plus fort à l’intérieur, on ne va pas prendre de risques inutiles, je vais recharger mon téléphone, je bouge vraiment tout doucement du lit à la prise électrique en faisant bien gaffe à ne pas me lever, ça pourrait déclencher quelque chose de terrible. J’attends les yeux sur l’écran noir qu’il soit suffisamment chargé pour se rallumer, c’est très long. Il faudrait avoir un autre téléphone qui s’allume vite, dans des cas comme ça, on s’aperçoit qu’un téléphone lent peut être très dangereux.
La douleur s’amplifie et j’ai vraiment du mal à respirer maintenant, je transpire beaucoup. Si ça se trouve c’est une crise cardiaque.
Il y a Internet ! je vais aller sur Internet.

Je crois que j’ai quelque chose de grave, sur Santé-médecine, ils disent que ça peut être les prémisses d’un infarctus ou un truc horrible dans le genre
J’ai tous les symptômes qu’il ne faut pas avoir, j’ai envie de pleurer, je suis tellement jeune. Si je perds connaissance comme ça derrière ma porte blindée, sans même avoir le temps de crier… je suis foutue. Puis y en a pleins des histoires comme ça dans les faits divers !

Il est une heure du matin. Le médecin de chez S.O.S Médecins pose son sac en cuir sur le lit. Il a les cheveux gris en fusion, électriques autour du visage.
– Vous avez mal où ?
– Partout ! Dans la cage thoracique là, partout à gauche !
J’ai les mains qui tremblent alors je les cache, il calle ses lunettes un peu plus haut sur le nez d’un coup d’index, pose le stéthoscope dans mon dos, à pleins d’endroits différents. Il dit rien, ça dure. Quand ils se taisent comme ça, c’est que c’est grave, ils essaient de gagner du temps et de faire en sorte que le patient ne panique pas pour ne pas accélérer le processus de détérioration, je connais leurs méthodes.
– J’ai très chaud aussi, je dis.
– Vous faites quoi comme métier ?
– Bouquiniste.
– Ah bon ?
– Pourquoi ?!
Il range le stéthoscope.
– Vous avez vécu des choses difficiles ces derniers temps ? Des ennuis au travail ? Dans la famille ? Des problèmes d’argent ? La perte de quelqu’un de proche ?
Décès !?
– Nan rien, mais pourquoi ??
– Du calme enfin ! vous faites une grosse crise d’angoisse.
– Angoisse ? C’est grave ?
Il sourit l’air un peu fatigué.
– Non ça va vous passer, je vais vous donner un traitement homéopathique. Ça vous arrive souvent des trucs comme ça ?
– Non, enfin j’ai des manies, des machins comme ça mais bon…
– Quel genre ?
– Ben je sais pas moi des petits trucs, par exemple faut que je prenne toujours le même itinéraire dans la rue sinon ça va pas… et je panique si je met la chaussure droite avant la gauche, puis quand je me lève faut que ce soit toujours du même pied, et d’autres choses par-ci par-là.
– Ah oui quand même… vous savez, je pense que vous devriez peut être aller consulter.
– Un cardiologue ?
– Un psy !
– Vous croyez que je suis folle ?! Non parce qu’il y a des antécédents dans ma famille, mon grand-père est maniaco-dépressif, ça se transmet il paraît si ça se trouve c’est ça ?
– Mais calmez vous ! c’est pas vrai ça ! un psy pour parler ! régler vos problèmes d’angoisse !
– Un psy ? Moi ?
Il se lève.
– C’est important, vous ne pouvez pas être heureuse avec toute cette angoisse, il y a beaucoup de gens comme ça, vous vous gâchez la vie pour pas grand-chose.
– Je vais pas mourir alors ?
– NON ! tâchez de faire une bonne nuit, et demain vous achetez votre traitement, deux cachets trois fois par jour. Ça fera 70 euros, vous payez en espèces ou en carte ?

© Carnets de Soizic - 2017

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