Éthique végane

 

Le rat est derrière la porte. Terrifié. Usé. Perdu.
Je cherche activement sur Internet, un moyen de le faire partir pacifiquement. C’est que, je me soucie de la survie des animaux, même les rats. Je ne les mange pas, j’ai arrêté de participer au meurtre des lapins de garenne, j’achète plus le cuir et les choses qu’il faut arracher des corps pour les mettre sur soi-même, je suis globalement contre l’idée de coincer un petit chat dans mon 14m2, même si je suis célibataire… je suis végane.
Végane pour les animaux, végane pour l’environnement, gastronomiquement végane, végane pour l’humanité, pour nous débarrasser des instincts primitifs et stupides qui nous poussent à tuer, torturer, s’entretuer, s’entre torturer… etc.
C’est Zola et Gandhi qui l’ont dit que ça pourrait nous aider à être meilleurs envers nous même, d’arrêter d’exploiter les animaux. Et d’autres avant eux.

Bref, le rat est énorme et il est derrière ma porte.
J’entends celle de mon voisin qui s’ouvre, hurlement strident, bruit sourd d’un choc/plaquage contre le mur du couloir. Silence.
J’ai les mains suspendues au dessus du clavier de mon ordi, au bout d’un petit moment j’entends :
– S’il vous plait…
Je change de site à la va vite en espérant trouver une solution miracle qui n’existe pas.
– S’il vous plait ! suppliant sur le palier, Y A QUELQU’UN ??? Y A UN RAT ! JE SUIS PHOBIQUE !!!
Je quitte mon ordi, attrape le balai dans la cuisine, et me rapproche de la porte, je l’entends haleter de l’autre côté.
– Ça va ? Je dis, vous êtes où là ?
– Je peux pas bouger !! je peux pas passer ! j’arrive plus à rentrer !
– Ok bon, paniquez pas, j’arrive !
– S’il vous plait…
J’hésite, je peux pas le laisser comme ça, je suis bien emmerdée.
Je retiens mon souffle, ouvre la porte, me faufile et referme derrière. Il est à côté de moi, gras comme un poulet fermier. Je vois mon reflet dans ses yeux exorbités. Il me regarde avec horreur, ses griffes crispées, agrippées aux poils de mon paillasson.
Le voisin est un gaillard tout aplati, sa barbe de trois jours tremble un peu.
Les petits yeux de la bête brillent vers moi et j’avance doucement mon balai vers lui.
– Allez… je chuchote pour pas lui faire encore plus peur, allez il faut s’en aller maintenant…
Il fait un bond sur le côté, se rabat plus loin vers le voisin qui hurle.
– Pas par là ! Je dis en manoeuvrant, je me place devant le rat et donne de tout petits coups sur le sol, je sais qu’ils sont sensibles aux vibrations. Il s’échappe vers l’escalier, ça fonctionne.
Je le suis en continuant de taper en rythme au sol, on descend quelques marches le rat et moi, puis d’un seul coup il fait demi-tour et remonte.
– Va-t’en !!
Il émet un petit « couic ! » agressif, se cache sous la contre marche, redescend un peu et puis fait deux trois bonds vers moi.
Alors je me gonfle, grogne, il couine. On fait des vas et viens comme ça pendant quelques secondes, et il s’immobilise dans un angle. De là ou je suis j’aperçois une porte qui s’entrouvre à l’étage en dessous, se referme immédiatement. Le rat passe à l’offensive, saute et je recule, mon balai en l’air. J’ai lu sur Internet qu’en danger, les rats pouvaient devenir agressifs et attaquer. Il a les yeux fous, griffe le bois des marches, pousse de petits cris aigus.
Comme je sais plus quoi faire, je pousse un rugissement « BEUUUARRRHHH !!!!! », saute à pieds joints au dessus de lui, donne un coup de balai violent sur le sol, ça fait un grand boum. J’entends des exclamations étouffées derrière les portes des appartements. L’animal court de long en large de sa marche, glisse, se raccroche, perd l’équilibre, « NNOOOONNN » je hurle, mais c’est trop tard, il est précipité dans le trou de la cage d’escalier.
Bruit de petits chocs contre les rambardes des cinq étages avant le sol. Et puis plus rien.
– Merde ! je dis.
– QUOI ? Crie le voisin qui s’aventure dans l’escalier.
– J’ai merdé ! il est tombé !
– Ah… soulagement, ses épaules descendent un peu. Tu crois qu’il est mort ?
– Je sais pas…
Les portes aux étages inférieurs, s’ouvrent tout à fait, les gens, à différents endroits disent : « c’est le rat ? » « il est parti ? » « quelqu’un s’en est occupé ? ».
Avec mon voisin qui n’est pas rassuré on descend jusqu’en bas sous les rumeurs et les questionnements. Tout le monde a croisé ce rat. Chacun parle de son expérience, dans l’escalier, dans un couloir, près du local à poubelle. Le rat. J’apprends que ça fait deux jours qu’il rôde. Mais la population de l’immeuble, jusqu’à sa chute dans l’escalier, a opté pour le déni.

La voisine du rez-de-chaussée pousse un cri et se précipite dans la cour.
– Vous croyez qu’il est mort ? Elle s’écrie.
– Ah bah ça oui. Je réponds en arrivant en bas.
Le rat est tout éclaté par terre, recroquevillé, le ventre est enflé, crevé par le dessous, une petite flaque de sang presque noir grossit autour de lui.
– Bon ! dit le voisin, ben ça c’est réglé hein ?
– Mais je l’ai tué…
– Qu’est-ce qu’on en fait ? demande la dame toujours dans la cour.
– Poubelle. Je réponds, en allant chercher un seau dans le placard à ménage du hall.

Ils ne se sont pas précipités pour proposer de le faire et je ramasse le mort. Triste et dégoutée.

© Carnets de Soizic - 2017

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