Crumble, cellulite et pissenlits sauvages

 

L’été est violent et sec, il brûle les arbres trop jeunes plantés en ligne sur les quais de Seine.
Une femme vraiment maigre en short passe, elle est couverte de cellulite depuis l’arrière des genoux jusqu’en haut des cuisses.
Je trouve que c’est pas si moche la cellulite, on a tort d’en faire tout un plat. Des constructions esthétiques, du cliché pas réfléchi, des goûts et des couleurs en plat préparé.
La cellulite c’est moche.
Et moi je vous dis que ce genre de considération, c’est le Mac Do de la pensée humaine.

C’est comme ces gens qui veulent une pelouse bien tondue, parfaitement égale et verte, uniformément verte. Certains vont même jusqu’à acheter du gazon en rouleaux pour avoir un bon résultat avant même de chercher à obtenir un résultat par leurs propres moyens. Des carrés de nature emballés, s’il vous plait.
« Je vais vous en prendre trois mètres par deux pour mettre entre le garage et les dalles en béton de ma terrasse, et faut pas que ça empiète sur le barbecue, parce que dimanche c’est la fête du cochon mort en barquettes »

Les irrégularités de la pelouse, sur le haut des cuisses et d’autres choses encore, agacent le citoyen. D’ou le succès des monochromes, des zones pavillonnaires, des surfaces goudronnées, des toiletteurs pour chiens, des cursus scolaires sans fautes, des appartements bien ordonnés, des IPhone monolithiques, des piscines plutôt que des rivières, de l’électro minimale et de la techno conformiste, de la nouvelle cuisine, des Stan Smith immaculées, des plaques à induction tactiles, des chansons françaises aussi stériles qu’un poulet de batterie… et ainsi de suite.

La cellulite est un agrégat d’aspérités adipeuses dont nous sommes pourvuES, jugé impropre à la consommation.
ET POURTANT ! Et pourtant.
Les gens mangent du crumble.
La surface du crumble est un agrégat d’aspérités constituées d’acides gras saturés : beurre/farine/sucre.
Le crumble aux pommes est une fabrication culinaire sexy selon l’ensemble de l’humanité, la collectivité. On l’expose volontiers sur Instagram, il trône effrontément au centre de la table le dimanche. Et fait même parfois la couverture de Marie-Claire.
C’est vrai.
Tu choisis quoi entre la peau d’une belle orange et un pâté de beurre au sucre enflé au four avec des pommes déchiquetées en dessous ?
Non mais oh !
L’humanité tolère ce qui n’est pas lisse lorsqu’il s’agit de trucs qu’elle fabrique elle-même.
La nature conceptrice de cellulite, fabricante d’oranges, créatrice de cafards, d’excréments, de mauvaises herbes, peut bien aller se faire foutre. Le fond du problème, c’est l’égo humain.
L’égo humain ne peut souffrir les surfaces granuleuses naturelles. Ainsi nous sommes vouéES pour toujours à pleurer en bikini dans les cabines d’essayage des magasins de vêtements, vastes maisons des supplices avant le départ en vacances.
Amen.

© Carnets de Soizic – 2018

un commentaire

  1. J’adore ! J’ai beaucoup aimé ce texte

    Aimé par 1 personne

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